La routedenausica est passée par Nausicaa à Boulogne-sur-mer, pas uniquement pour admirer le plus grand aquarium d’Europe, car la capitale de la côte d’Opale recèle un autre trésor : la collection de masques aléoutes et alutiiqs rapportée par Alphonse Pinart, un natif du nord de la France (né à Marquise), de ses expéditions sur l’archipel Kodiak et l’île d’Unga.
Source : Bibliothèque nationale de France, département Société de géographie, SG Portrait-1530 – http://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb405868208
- Le château-musée de Boulogne sur Mer n’expose qu’une infime partie des 266 objets réunis par l’explorateur qui furent montrés pour la première fois au public dans leur intégralité en 1872 au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris. Si Pinart obtient la médaille d’or de la Société de Géographie en 1873, sa collection n’est ensuite montrée qu’en de rares occasions, en 1947 et plus près de nous en 1990 et en 2002 dans les locaux du musée national des Arts d’Afrique et d’Océanie, peu avant sa fermeture.
- La collection de masques inuit boulonnaise suscite même certaines interrogations. Les masques rituels sont généralement brûlés ou cassés à la fin de la cérémonie. Par ailleurs, certains pigments utilisés seraient d’origine européenne. Alphone Pinart aurait peut-être demandé à des artistes ou shamans de reproduire certains masques qu’il aurait aperçus lors de cérémonies mais rien ne l’indique dans ses notes de terrain.
- Dans tous les cas, même si certains objets n’ont pas directement été utilisés lors de cérémonies, ils témoignent d’une culture – la culture sugpiaq– qui était vouée à disparaître au milieu et à la fin du XIXe siècle et qui connaît aujourd’hui une revitalisation de ses pratiques ancestrales notamment à travers les collaborations muséales dont celle entre le musée de Boulogne-sur-Mer et l’Alutiiq Museum de Kodiak. En 2006, dix artistes sugpiaq avaient fait le voyage en France, entamant un partenariat artistique qui culmina avec l’exposition itinérante Giinaquq : like a face.
La collection n’est pas bien mise en valeur au château-musée, l’éclairage n’est pas optimal pour la contemplation, et certaines pièces -pourtant magnifiques- sont reléguées dans un coin, devant des sorties d’aération ou d’autres tuyauteries… Il manque aussi des cartels de contextualisation sur la culture sugpiaq ou l’usage cérémoniel des masques mais le voyage – à deux heures de Paris- vaut le détour.