Le désert: intarissable source d’inspiration…
Les paysages du Sud-Ouest américain ont été une source d’inspiration pour les nombreux voyageurs et aventuriers qui ont eu l’occasion d’emprunter les routes de terre, les canyons, les rivières et les autoroutes avec pour seul horizon des Mesa, une rangée de majestueuses montagnes, un défilé escarpé ou l’immensité à perte de vue…
Traders, missionnaires, et plus près de nous randonneurs soucieux de l’environnement ont composé des hymnes à la beauté sauvage du Sud-Ouest américain.
Je vous propose de découvrir des poèmes rédigés par un missionnaire qui décrivait l’acculturation progressive des Native American et la destruction de l’habitat traditionnel (Jacob Trapp) mais aussi les écrits d’écologistes comme David Chorlton qui s’inscrit dans la tradition visionnaire et revendicatrice d’Edward Abbey.
Enfin, je posterai régulièrement des extraits d’œuvres poétiques composées par des auteurs navajo comme Emerson Blackhorse Mitchell ou Hershman John, jeune diplômé qui enseigne à Phoenix College et à l’Arizona State University. Ses poèmes ont été publiés dans de nombreuses revues, comme Arizona Highways ou Puerto del Sol.
Les poèmes de Jacob Trapp.
Jacob Trapp fut au contact de nombreux cultures amérindiennes. Ses déplacements dans le sud-ouest américain lui permit d’observer Pueblo, Hopi, Navajo, Havasupai…
Ses poèmes décrivent principalement des membres des tribus Pueblo saisis dans leurs occupations quotidiennes: au marché, dansant sur la place devant des touristes étrangers à leur spiritualité…
Une inquiétude sourde traverse ses écrits qui constituent également un témoignage sur la destruction du mode de vie traditionnel et la progressive disparition de l’âme indienne telle que Jacob Trapp a pu la concevoir.
A la superficialité et à la recherche de profits immédiats symbolisés par les envahisseurs blancs (missionnaires aveuglés, colons blancs et touristes), Jacob Trapp oppose l’imperturbable lenteur de peuples qui, héritiers d’un temps cyclique, entrent en communion avec les forces de la Nature et deviennent, en se libérant de tout désir de toute-puissance ou de contrôle, les créateurs absolus.
Pueblo Indians (extrait de l’ouvrage The Stricken Twins: How Song Began, Oasis, Santa Fe, 1984, page 45)
No one of them is self-made.
All were textured, patterned, shaped,
By a grandmother basket maker
And a communal weaver of souls.
In rock rooms and earthen pits
They store their corn, brought forth
When needed to blossom into maidens.
In sacred kivas are kept
Stories songs and dances,
Remembered by the old,
Renewed by the young,
A living past in the present
Weaving new garments into the future.
Their slow rhythms flow with the seasons
Of Changing Woman, Mother Earth.
Their brother the living plants.
An ancient tree of knowledge,
Full of leaves and singing birds,
Lives in the Tewan they speak.
With flute and drum,
With prayer feathers and dancing feet,
They summon ancestral clouds
Bringing life-renewing rain.
Pueblo Ceremonial Dance (extrait du même ouvrage, page 46)
Drums throb to the wind and the sky,
And thunder, born of storm, brings rain.
Dancers, to drumbeat and song,
Are summoned to the plaza.
The leader’s long shaft lifts
Eagle feathers against the blue,
invoking the heavens, cloud to cloud.
Pods and pebbles in dry gourds
Make music of seeds and raindrops falling.
The pine boughs are prayers
For green growth and life unending.
The men’s feet stamp the ground
As though to command and empower.
The women’s feet step softly,
Caressing as though to bless
Earth waiting to receive and nurture.
A missed beat,
A sudden stop of chorus and drummer,
Signals a subtle change of rhythm.
Hours and hours the dance goes on,
until at dusk the gods depart
and all is silent.
To imitate is to induce.
To impersonate is to become.
Creativity conjures forth the creators.
Sacred ceremony awakens
Fountains above and below.
Tous ceux qui se sont aventurés dans les paysages escarpés ou désertiques du Sud-Ouest américain s’accorderont pour dire que les magnifiques formations rocheuses, le rythme de vie de ses habitants, la prégnance des traditions populaires religieuses et la transmission des histoires sacrées indiennes concourent à l’élévation de l’âme. Que l’on soit athée ou que l’on revendique son affiliation à une communauté de croyants, on ne pourra rester aveugle aux marques de dévotion ou de spiritualité présentes dans les états du Sud-Ouest.
Partez à la découverte des hauts-lieux spirituels du Nouveau-Mexique et d’Arizona à travers poèmes et images…
CHIMAYO
Chimayo est un sanctuaire catholique datant de 1816 qui est situé dans l’archidiocèse de Santa Fe.
Chaque année, 300 000 pèlerins s’y pressent : environ 30 000 personnes affluent à Chimayo pendant les fêtes solennelles de Pâques afin d’adorer Nuestro Señor de Esquipulas. La coutume veut que l’on conserve un peu de terre sacrée du sanctuaire afin de rester en bonne santé ou d’obtenir une guérison. Cette tradition fut instituée dans la ville guatémaltèque d’Esquipulas.
Good Friday Pilgrimage de Jacob Trapp, extrait de The Stricken Twins: How Song Began, page 65.
This long trek afoot
From Santa Fe to Chimayo
Some go for a lark,
Some for penance,
Some to build up an account
Against careless spending to come:
Hundreds, of all ages,
Northward up the Taos highway
East along Rio Nambe,
On to a road that winds
Through sand, boulders, fortresses of rock,
Immense pavilions of blue mountains and sky
Toward twin Truchas Peaks
Where sun-burnished winter snows
Melt to a stone cross during Lent.
Footsore, near journey’s end,
They wearily climb the last hill
Overlooking a green valley,
Haven of Chimayo’s
Santuario of healing clay,
Where, with pilgrims from Santa Cruz,
They wait in line to celebrate
A Eucharistic Mystery as old as man.
Les Églises en adobe construites en l’honneur de la Vierge de Guadalupe.
Lorsque l’on parcourt villes et villages du Nouveau-Mexique et d’Arizona, on constate qu’un des principaux matériaux de construction utilisés par les habitants du sud-ouest est l’adobe. L’adobe permet aux habitations de conserver la fraîcheur en été et en hiver, d’empêcher le froid de pénétrer. Le processus de fabrication est relativement simple, de la terre argileuse est mélangée à de la paille pour former une brique qui séchera au soleil. Les Indiens Pueblo utilisent ce matériau depuis des siècles. Les espagnols, ne furent pas immédiatement séduits par cette matière peu noble. Par la suite, ils érigeront néanmoins de nombreuses églises en adobe comme celle qui figure ci-dessous. Il s’agit de la plus vieille Église catholique américaine consacrée à la Vierge de Guadalupe. Située à Santa Fe, elle fut construite entre 1776 et 1796 par des missionnaires franciscains.
Adobe House, de Jacob Trapp, extrait de The Stricken Twins: How Song Began, page 82.
The adobe of this neighborly abode
was kneaded by clay-coloured hands,
with water, with sweat,
with dust blown by March winds
throbbing past.
It yellows in the bright noonday sun,
turns darker in the rain,
and warms beautifully suffused
with a soft golden light
as the sun sinks over the Jemez Mountains.
The light penetrates receptive clay,
rock and sky are wedded,
duality is overcome,
earth aglow with the warmth
of the sun and the human.
MERCI